translation to come - Paroles de sage sur une terre ferme

Aurélien Jacob, Nono pour les intimes, est allé au Gabon avec ses amis Ronan et Ewen. On avait déjà parlé avec lui, comme suite au premier grand voyage qu'ils ont fait ensemble. Voici un deuxième entretien, réalisé par email, où Aurélien nous raconte comment on appréhende un tel voyage, et ce qu'il en retient. On lit, et on prend des notes pour plus tard.


Bonjour. Comment vas ?

Très bien merci ! Nous revenons du festival du film d'aventures Au bout du rêve de La Réunion. Nous sommes rentrés avec le prix unique du festival, le prix du public ! C'était excellent et tout à l'opposé de notre aventure au Gabon.


Encore bravo pour cette aventure dépaysante. Je tiendrais facilement quelques heures de plus à vous regarder vous aventurer !

Merci ! ​C'est le plus beau compliment qu'on nous ait fait depuis la sortie de la web-série ;)


Je veux bien un selfie pour faire un article bonne franquette, un truc marrant. Et si tu veux ajouter des choses, pas de problèmes.

En PJ de nous trois !





Je te mets quelques questions, n'hésite pas avec les détails, elles sont pas toutes très sérieuses :

- Tu sembles être celui sur qui les événements glissent le plus, tu vois toujours le bon côté des choses ? ou alors tu fais très attention à ton image ?
 
​Attention à mon image, non pas du tout ! Au contraire, je suis ​complètement décontracté sur ce sujet. Plus je raconte de conneries et mieux je me porte ! Surtout que Ronan est mon meilleur public, il se marre tout le temps même si je fais des blagues bien foireuses !

Dans un sens il m'encourage, du coup je m'en donne à cœur joie, et dans des situations un peu compliquées ou dangereuses, ça détend ! Plus sérieusement, je pense que c'est une force chez Lost in the Swell de toujours prendre les choses du bon côté. Même si ça ne va pas, nous gardons le sourire !


- Tu peux nous expliquer comment on fait pour ne pas se foutre sur la gueule pendant un tel voyage ? il semble que jamais il n'y a un mot au-dessus de l'autre...

​Pour être honnête, il arrive qu'on se jette quelques bonnes réflexions ponctuées de quelques jolis mots bien adaptés. C'est rare, ça n'arrive pas souvent puisque dans les situations de vraies survies, mêlant la quête d'images, on se sert les coudes.

En règle générale, nous sommes soudés, mais la fatigue, le manque de sommeil, de nourriture et d'eau, tous ces paramètres nous mettent évidemment à l’épreuve.


- Physiquement et mentalement, comment on se prépare ? Et sur place, quelle est la réalité ?

Le projet Paradis Perdu au Gabon nous a demandé d'avoir la tête dans le guidon une bonne année. Une année de préparation derrière nos ordis et phones, ponctuée d'une mise en situation de trois semaines en traversant l'Aquitaine du Nord au Sud à l'automne 2015. Le but étant de savoir, si nous étions encore capables de faire du vélo, et effectivement, on a bien pédalé dans la semoule avec nos 60 kg de matos dans nos remorques.


Quelques mois plus tard, à l’été 2016, nous voilà à Libreville, et après complications administratives, on réussit à trouver un terrain d'entente ainsi qu'une aide logistique pour se faire déposer au Sud et commencer l'aventure. Trois mois la tête dans le guidon, trois vagues découverte, une population adorable, et un surf trip qui s'est transformé en safari.


« Le Gabon est considéré comme la Suisse de l'Afrique, c'est le dixième gouvernement le plus riche du monde. »


- Comment on gère le quotidien en Afrique, la faim, la santé, le danger ?

​Le quotidien était plutôt sympa, mais de la survie au sens propre ! Quête de nourriture et d'eau, d'où le camping sauvage à proximité des lagunes afin de filtrer l'eau. Pêche, et feu de camp pour éloigner les petits animaux comme les éléphants, hippo, croco etc.

De belles nuits récupératrices dans des tentes de compètes sans vraiment réussir à fermer les deux yeux. Quelques frayeurs dans l'eau en surf, et sur les vélos avec les éléphants qui nous ont chargés. Belle surprise des hippos dans la lagune lorsqu'on récupérait de l'eau sur le stand up gonflable.

Un vrai trip comme on les aime ! Un trip où l'on ne peut pas tout calculer et c'est bien ça qui fait le charme de l'aventure.





- Par rapport aux gens, et à la vie, vous avez été confronté à la misère ? Comment on gère le décalage de vie ?

C'est compliqué de ne pas pouvoir aider les plus défavorisés sur le moment. Lorsqu'on allait aux courses dans les rares villages bordants la côte, on dépannait un peu de ce qu'on pouvait. Le gouvernement est extrêmement riche et ne fait rien pour sa population. Le Gabon est considéré comme la Suisse de l'Afrique, c'est le dixième gouvernement le plus riche du monde.


« Ça nous rend dingues, mais vraiment dingues de voir une vague passer seule, et de rester sur la plage sans pouvoir aller surfer. »

 
- Comment on vous a perçus ?

​Comme des Blancs ! Sans doute comme les premiers à faire du vélo sur la plage pour faire du surf. Plus sérieusement, on a été plus que très bien accueillis ! Les Gabonais sont comme les Bretons, ils aiment bien boire l'apéro, et c'est tout de suite plus facile de faire connaissance d'autant plus qu'ils parlent parfaitement Français.


- D'une manière générale, c'est un moment de remise en question, ou alors c'est tellement intense que l'on a pas le temps de se poser des questions ?
 
​Comme on aime dire : nous sommes des sportifs de gros niveaux. Ce n'était pas une course, et même bien au contraire. Il fallait naturellement se gérer soi-même physiquement et mentalement. Si l'un d'entre nous était fatigué, on faisait une pause et puis on prenait une décision, de rester sur place et d'attendre le lendemain, par exemple.

Il ne faut pas oublier qu'après une journée de vélo, il faut monter le bivouac, faire du feu, préparer la réserve de bois pour la nuit, aller pêcher, faire à manger, filtrer l'eau et aller surfer ! 


- Dans quelle réserve on puise pour aller surfer ?
 
​On est ​tellement passionné que rien nous arrête ! Ça nous rend dingues, mais vraiment dingues de voir une vague passer seule, et de rester sur la plage sans pouvoir aller la surfer.

Même si c'est certain que, mathématiquement, on a eu la visite de requins ; mais bon, l'eau est tellement sombre qu'on ne les a pas vus !





- Le surf c'est du plaisir ou une obligation car ça n'arrive pas tous les jours d'être au Gabon ?

​Le surf c'est un état de vie. Tout est adapté pour que l'activité soit en pole position dans la mesure du possible. À vrai dire au Gabon c'était compliqué de se dégager du temps pour le surf, et les vagues que l'on a découvertes ne fonctionnaient que par grosse houle. Nous étions connectés via téléphone satellite pour les reports météos que nos amis en France nous transmettaient.

Le but était d'être sur zone en avance, avec des provisions, de l'eau et un état physique acceptable pour réussir à bien surfer, braver l’océan, son courant puissant et ainsi que les remontés par la plage, la forêt, la savane pour se positionner au départ du spot.

On a évité de surfer trop tôt le matin et trop tard le soir, les deux moments les plus effervescents sous l'eau, les moments où l'on voyait des chasses montreuses... Et ça ne donnait pas envie d'y aller !
 

"Franchement, 850 km avec 60 kg de matos, ça fait mal, c'est vraiment éprouvant."


- C'est probablement très dangereux et inconscient de faire du surf dans ces conditions, vous aviez des consignes entre vous ? Ronan souligne le danger quand vous faites 800 km en camion, on comprend que ça n'est pas raisonnable. Ça revient souvent ce genre de réflexions quand on est dans de telle condition ?

​Que ce soit sur terre ou en mer, nous avions toujours un œil sur les uns et les autres. Depuis toutes ces années et ces différentes aventures, nous avons élaboré notre propre langage des signes. Ewen et moi dans l'eau, Ronan au bord pour filmer. Nous regardons souvent Ronan positionné fasse à nous, la tête dans son objectif, faisant dos à la forêt, et tout ce qu'elle peut cacher.

On se checke beaucoup pour savoir c'est le moment de passer de la vidéo à la photo en fonction de la lumière, et de ce fait, changeait notre manière de surfer. Il a un sifflet autour du cou si jamais il voit quelque chose d’anormale à proximité de nous dans l'eau.



 

- Si tu dois te souvenir du pire moment ?
 
​Il n'y a pas de pire moment, et même si je pouvais en énumérer certains, ils deviendront de bons souvenirs avec le temps. Franchement, 850 km avec 60 kg de matos, ça fait mal, c'est vraiment éprouvant. On a jamais pensé à renoncer, on a toujours trouvé des solutions à nos imprévus, on a parfois fait demi-tour pour trouver une autre route, et même si elle était plus dangereuse, on y allait !


 - Et le meilleur de cette histoire ?

​Cette incroyable ​aventure humaine que nous avons partagée. Le dépassement personnel, physique et mental. ​Les rencontres avec les locaux, les moments de solitude, perdus en pleine forêt avec tous nos sens en éveil, les yeux écarquillés à observer chaque endroit de peur de rencontrer des animaux sauvages comme des éléphants au mauvais caractère. Et tous ces fous rires nerveux de fatigue.

Et bien sûr, la consécration d'avoir découvert et surfé les derniers spots les plus dangereux de la planète, et de les avoir nommés. Et ensuite de voir le film monté, projeté dans des salles remplies et d'avoir un retour grandiose de tous les spectateurs.