translation to come //// La chance de tirer
le bon numéro d'écrou

Le parcours de Berthet est atypique. De Paris 14ème, où il naît, à La Courneuve et Aubervilliers, où il grandit, l'homme qu'il est aujourd'hui a eu plusieurs vies.

Il est celui du milieu de sept enfants, avec des parents attentifs et présents, bercé par Dorothée et son club, ses dessins-animés archi-colorés, mouvementés, parfois grivois...

 
​Cabu. Un type sans âge avec une coupe au bol et à petites lunettes, posé dans un coin qui « croque » les situations et les animateurs de l'émission. Il pique un peu, caricature, et transforme le nez de Dorothée en péninsule qui n'a rien à envier à celui de Cyrano. Le trait du dessinateur est épuré et elliptique, très efficace et parfois teigneux. Cabu, l'oncle sympa des dîners de famille, qui va le samedi soir chez Michel Polac dessiner l'actualité au milieu d'adultes qui se balancent des cendriers aux visages. Un grand écart.

Berthet regarde Cabu, et se rêve en dessinateur. Il dessine, encouragé par ses frères et sœurs, et a la chance, grâce à un aîné, d'être plongé au cœur de la culture hip-hop en train de naître. Il va la vivre de l'intérieur, en spectateur, pas assez vieux pour y participer, pas assez jeune pour ne pas comprendre qu'il est en train de vivre un moment important.

« J'ai été dedans direct, ça faisait partie de ma vie. Mon grand-frère a participé à l'organisation des premiers concerts de rappeurs, les NTM n'étaient pas loin, j'ai vu les premiers murs de JonOne, je parcourais la Zulu Letter, et je me retrouvais en voiture avec Akhenaton de IAM, mais ça, je l'ai réalisé que plus tard, je ne savais pas qui c'était à l'époque ! »


 
« Le dessin ça commence très tôt,
mais ça s'arrête très tôt. »

D'un naturel calme dans un quartier calme, Berthet s'encanaille avec ceux de la cité d'en face. « Ils faisaient des sous pendant que je dessinais. J'ai cédé à la tentation, j'ai fait pareil. » Coups sur coups, et c'est la case prison. Retour au dessin, contraint et forcé, pour faire passer le temps, « ça m'évadait un peu ». Il fait des études, Bac + Bts en communication.

Un beau jour, il y a ce moment où les étoiles s'alignent. Le maton, celui qui passe plusieurs fois par semaines vérifier que les barreaux sont en bon état, a un coup de cœur pour les images de Berthet. Le prisonnier a tiré le bon numéro d'écrou.


 
« Et là le maton qui me guette me dit : 
Je suis fan de dessins, tu as vraiment un talent,
de l'or entre les mains ! Tu m'en fais un ? »

Berthet est dans le doute, et il promet sans savoir s'il va la tenir. Quelques semaines plus tard le gardien a entre les mains la promesse – sur une feuille le prisonnier se met en scène face à son geôlier à genoux qui le supplie de lui faire un dessin. Succès immédiat, un moment d'estime derrière les barreaux, ça compte dans une vie.

 
« Et là, je réalise que le dessin est
un super-pouvoir... »

Ensuite, c'est l’enchaînement (et on la fait court) : sortie de prison, directions les perches à saisir, les opportunités à ne pas manquer. L'ex-taulard est pro-actif, travaille dur, « joue » de son histoire et bluffe. Ses dessins sous le bras, il aborde une galerie orientée arts urbains, rapidement une expo est dans les tuyaux. Il s'organise en équipe pour mieux avancer et mettre en avant son travail « mon manager, Djamel, était aussi celui du rappeur Sefyu ! »

Ça côtoie un certain Karl L., ça prépare une BD – L'évasion, ça passe au journal de 20 heures de Claire Chazal, ça créé le Left Handed Crew avec ElDiablo (créateur du dessin animé Les Lascars) et Eric Salch – deux autres gauchers. C'est aussi l'association Makadam pour des ateliers en prison « pour donner le goût de dessiner aux jeunes qui ont fait quelques conneries. » Le tout saupoudré de partenariats avec la marque Wrung, de projets ciné, BD et dessin animé.

Berthet dévore sa liberté, sans modération, et multiplie les activités. Il crée un équilibre solide, redistribue ce qu'il a appris et apprend de ceux qui lui ont fait confiance.



Il a une tonne d'anecdotes, les raconte avec talent, tout en finalisant ses dessins sur les murs du Carré Baudouin pour l'exposition Mémo qui commence vendredi. Les strips (vignettes) racontent les balbutiements du hip-hop et du rap en France, et de quelles manières il a pu être documenté, sur quels supports.

« C'est vrai que ces dessins racontent un certain hip-hop, celui des années 80, il fallait y être pour le voir, il y a peu de traces de ce qu'il a été, peu d'images et quelques enregistrements de rap sur des K7 audio. Mais c'est comme ça.

On entend souvent 'c'était mieux avant', mais en fait le hip-hop renaît, sous une autre forme, et c'est comme le reste, il y a ceux qui s'adaptent et ceux qui ne s'adaptent pas. »

Péremptoire Berthet. Efficace et tranché, altruiste, aussi conscient qu'il faut être son propre patron quand on a choisi la voie artistique. Mais derrière le sérieux, il y a toujours l'humour qui pointe : « Quand je suis sorti de prison, il y avait internet et Facebook ! C'était allé trop vite ! Là, je viens de me faire un compte Instagram et j'aimerais plus de followers, par contre pas question de les acheter ! Je veux réunir une vraie communauté. »​



https://www.instagram.com/berthetone

Berthet participe à l'exposition Mémo, au Pavillon Carré de Baudouin à Paris.




Mémo est une exposition commanditée par l'association Rstyle, dans le cadre d'un festival hip-hop aux multiples facettes. Berthet y a dessiné une histoire du hip-hop en France, sous forme de BD, sur les murs.