« Je dessine et je peins depuis ma plus tendre enfance, cela a toujours fait partie de ma vie, et cela a pris des formes très différentes. J'ai fait un peu de bande dessinée quand j'étais ado, puis des tableaux réalistes quand j'étais étudiante pour me payer mes voyages. J'ai une production personnelle assez abstraites, même s'il y a un peu de figuration.

J'aime aussi la photo, la vidéo, la gravure. Sur le plan scolaire, j'ai fait des études d'arts plastiques après un bac maths-physique, jusqu'à passer une agrégation et une thèse. J'enseigne en collège et en fac. Je fais les décos pour la marque de planches de surf SWOP depuis pas mal d'années maintenant. »

Artiste discrète et réfléchie, Frédérique était cet été sur la plage de Vieux-Boucau pour customiser la planche de surf. La jeune femme surfe, peint et dessine, elle est aussi enseignante. Voici quelques éléments de réponses aux questions la concernant.

 

* Il semble que tu aies un parcours 'académique' dans le dessin...

En fait, j'ai toujours été autodidacte en dessin et peinture ; je me suis formée en recopiant les grands maîtres. A l'époque, il n'y avait pas encore Internet, mes parents m'achetaient des livres d'art et je recopiais les dessins, les aquarelles et les huiles. C'était du Michel-Ange, du Chardin et d'autres grands artistes... que j'essayais de copier à l'identique. J'ai donc une technique assez classique à la base : huile, pierre noire, sanguine, aquarelle, etc.
 

* Est-ce qu'on peut être bloquée quand on a beaucoup de références, ou est-ce plus facile de se façonner un style ?

Non, on se nourrit en permanence de tout ce que l'on admire, ça a toujours été ainsi, même si c'est autre chose de se construire un style personnel et original. Les références sont toujours stimulantes.



* Tu travailles beaucoup sur des planches de surfs, comment tu as rencontré cette discipline ?

Je me suis mise au surf quand j'avais 24 ou 25 ans, parce que m'ennuyais l'été sur la plage et que ça avait l'air tellement plus fun dans l'eau !
 

* Quel a été le premier surf que tu as customisé ?

C'était mon premier surf perso, j'ai fait la déco dessus, ça devait être en 98 ou 99.
 

* Te souviens-tu d'artistes qui dessinaient sur des planches de surf, ça a été une influence ?

Non, pas vraiment, l'univers du skate est sans doute plus créatif à ce niveau-là depuis les débuts. Et mes influences sont multiples et variées.




 

«  Pourquoi se limiter à un seul artiste ? »

 

* Sur les planches que tu nous as envoyé, il y a des influences de Basquiat, Lichtenstein et Phil Frost, ce sont des artistes à qui tu souhaitais rendre hommage, ou c'était dans le cadre d'une commande ?

Basquiat j'adore, Lichtenstein c'est une commande. Ça dépend, c'est très aléatoire mais c'est vrai que j'aime bien faire référence à de grands noms de l'art.
 

* Tu enseignes dans la vie, tu aurais aimé ne faire que dessiner ?

Bien sûr, c'est le rêve de tout peintre de vivre de son art, mais ce n'est pas évident de s'y risquer...
 

* Certains disent que c'est une hérésie de dessiner sur une planche de surf, tu penses que c'est une remarque recevable ?

J'aime bien les planches blanche aussi, les résines teintées très pures. Il faut varier les plaisirs. Mais on peut vraiment explorer plein de styles différents sur ce support, c'est très libre.



* Tu sembles avoir écrit une thèse sur le déplacement, tu pense que le surf s'inscrit dans l'art ?

Ma thèse portait sur le concept de flux dans l'esthétique contemporaine, à savoir comment la fluidité contemporaine est perçue, réinvestie, détournée par les artistes contemporains, notamment dans l'art vidéo et dans la danse. Il y a des similitudes entre le surf et l'art dans cette volonté de se situer dans l'insaisissable, dans le mouvement, dans le jamais fini, de s'adapter à la fluidité du monde contemporain ou des éléments naturels pour en faire autre chose.
 

* Les surfeurs pourraient être des danseurs sur l'eau ?

Sans doute. En tout cas, je crois qu'il y a cette joie du corps, primaire, extatique et difficilement compréhensible, si on n'a jamais glissé sur une vague ou si on n'a jamais vraiment lâché prise en dansant, dans les deux disciplines que sont le surf et la danse.
 

* Si tu devais retenir un seul surfeur et un artiste, ce seraient qui ?

J'aime bien la grâce des longboardeurs et longboardeuses, et je pèse le sens du mot grâce, dans son idée d'apesanteur, de bonheur, de paix intérieure. Atteindre l'état de grâce, ça peut être lorsqu'on peint des heures, tout en oubliant même de manger. Mais quelqu'un en particulier, non, je n'ai jamais eu "d’idole" en surf, et en art pourquoi se limiter à un seul artiste ? La diversité des points de vue, des formes et des médiums est la première richesse de l'art.