À propos de Surf artworks


Surfeur, journaliste, activiste, Julien Roulland vient de réaliser le livre Surf artworks qui retrace une histoire du surf, et la façon dont les artistes ont su se l'approprier. Pour en savoir plus on a envoyé des questions à Julien pour des éclaircissements sur ce travail de plusieurs mois.


On va commencer de façon classique, tu peux nous en dire plus sur ton parcours et comment tu as découvert la culture surf ?


J’ai commencé à skater sur une board en plastique en 1979, fait du bicross sur mon Raleigh et fini sur la Poseïdon de Santa Cruz durant mon adolescence, à la Fontaine des innocents à Paris, quand le shop de la [Street] Machine était rue Bailleul. J’ai commencé à taguer sur les posters de Natas Kaupas et les affiches des compétitions Rip Curl d’Hossegor qui couvraient les murs de ma chambre.

Ensuite j’ai pris des Baranne [tube de cirage efficace sur les murs - ndlr] pour retourner mon collège en écoutant les Beasties Boys, des bombes pour me faire les murs de la gare du Nord de nuit à l’époque où NTM et Cypress Hill vidaient nos briquets. Tout ça en m’intéressant à la cosmologie, la physique et la philosophie. Autant dire que je filais un mauvais coton.

Heureusement une partie de ma famille est landaise, ce qui a permis de temporiser mes colères urbaines chaque été à Capbreton, où j’ai commencé le bodyboard à l’âge de 10 ans. Il y avait un [surf] shop au Prévent et le Santocha était une vague qui défiait nos rêves. Je sortais du noir pour basculer dans le bleu.

En 88, à 14 ans, je suis parti au Sénégal et j’ai commencé à me mettre debout sur ma planche, avec un shape fabriqué par un Anglais sur place. Je n’ai plus jamais lâché le surf. Une véritable passion thérapeutique. Depuis 23 ans je vis sur la côte Basque, j’ai consacré ma vie au surf et j'ai fait tous les voyages dont je rêvais.






J’ai rencontré de nombreux locaux et pas mal de spots du monde donc j’ai commencé à écrire quelques piges dans les magazines spécialisés. Écrire sur cet univers et le partager me semblait naturel. J’ai aussi bossé quelques temps dans un atelier, chez Daniel’s longboard, pour faire les polishs.

Un - beau - jour, le magazine Surf Session a proposé de m’embaucher. Je n’en revenais pas, c'était une opportunité à ne pas manquer. J’y ai bossé 13 ans. Une période géniale et créative, avec beaucoup de voyages, de vagues et de rencontres incroyables.

Aujourd’hui j’ai choisi de sortir du rythme des bouclages pour avoir le temps de faire une autre forme de journalisme, c'est à dire des livres, des expositions, des documentaires. Et j’ai créé une association, Les jardins pédagogiques, où on apprend aux enfants à faire un potager avec les méthodes de la permaculture.


En quoi réaliser un livre est différent de travailler pour une parution mensuelle ?

Ce livre m’a permis de réaliser à quel point le temps est nécessaire pour faire un travail de fond, pour ne pas dire de qualité : collecter les bonnes informations, prendre le temps de préparer les interviews, aller à la rencontre des acteurs du milieu, et pouvoir rebondir sur une ou deux options éditoriales quitte à se planter.

La recherche des photos a été passionnante et elle m’a demandé un temps que je n'avais pas dans le jus du bouclage toutes les trois semaines.

J’ai fait plus de 150 magazines, des vidéos et des livres, j’avais fait un peu le tour, là j’ai le sentiment de renaître.






Faire un livre est une entreprise à long terme, par quoi on commence ?

Ce livre a été un long ride passionnant. La première chose que j’ai faite c’est de me poser la question du commencement justement. À quel moment de l’histoire du surf pouvait t-on commencer à parler de décoration, de personnalisation ? Je me suis vite aperçu que tout a toujours été là.

Les messages et les techniques évoluent, mais l’intention, l’acte de création, et par delà l’expression artistique, font partie de l’homme depuis ses origines. Là, j’ai pris un petit vertige pour ne pas dire un méchant wipe out !

Du coup, avant de commencer sur l’histoire de la décoration dans le surf, c’est l’histoire de l’art qui m’est tombée dessus. Sans oublier l’évolution du surf, du monde, les révolutions culturelles, musicales, la BD, le cinéma, le graphisme. J’ai failli me noyer ! Autant dire que j’ai beaucoup lu avant de me sentir capable de rédiger la moindre ligne.

Je ne maîtrisais absolument pas l’histoire de l’art mais je m’y suis senti parfaitement bien. J’ai tout de suite ressenti un bon feeling autour de valeurs communes avec le surf, comme la liberté, l’insoumission. Des sentiments avec lesquels les artistes se sont exprimés à toutes les époques et qui ont transformé le monde.

Je vis la pratique du surf de cette manière, comme un exutoire, une joyeuse contestation face à une société où je ne trouve pas ma place, avec cette chance extraordinaire de pouvoir me confondre avec les forces de la Nature pour trouver un sens à l’univers.






Tu peux nous en dire plus sur le choix des artistes ?

La première condition était qu'ils soient accomplis dans le travail du dessin sur des supports différents, et qu’ils aient une affinité avec le surf. Éditorialement, on a tenté de balayer les univers propres à chaque grande nation du surf, ça fait beaucoup de beau monde au final. On n’aurait pu aller encore plus loin !


Si tu devais en retenir qu'un, ce serait qui ?

Basquiat !? Non, il faut découvrir le livre et vous comprendrez à quel point ils sont tous doués et inspirés. Ce qu’il y a d’étonnant c’est de découvrir à quel point les artistes ont des influences communes, peu importe la distance culturelle qui les sépare. On pourrait même parler de goût, voire d’un profil commun.

Créer est une façon de donner un sens plus profond à l'existence, de vivre pleinement. Le surf et le street art ne pouvaient que se rencontrer car ils sont le fruit d’une même racine : la liberté ! Celle de vivre comme on l’entend et de s’exprimer sans contrainte.


Si tu devais citer un livre de référence sur le surf, un sur l'art et un film à voir qui seraient des extensions du livre ?

Un livre de référence, je dirais Le monde du surf, écrit et illustré par mes deux amis et pères de ce métier : Sylvain Cazenave et Gibus de Soultrait. Je viens d’acheter un paquet de livres sur l'art. Mais parce que la pensée précède le geste je dirais Manifeste du surréalisme de André Breton. Le film ce serait le docu sur Basquiat, The Radiant Child ; ou celui de Banksy qui moque un street artiste [Exit Through the Gift Shop - ndlr]. Sinon Morning of the earth pour le spirit surf.


Et pour conclure, le projet idéal, ce serait quoi ?

Le projet idéal... tourner le documentaire de ce livre, sans être limité par le nombre de pages, avec un tour du monde des meilleurs artistes et ateliers de shape !