« Le frisson de se lever un jour où il y a de bonnes vagues est très similaire
à celui d'un nouveau projet »

Màrio Belém est un enfant de l'Atlantique, il est né sur la plage, celle de Lisbonne, au Portugal. Il aime faire le grand écart, être une passerelle entre les arts. Aussi à l'aise avec l'outil informatique qu'avec des pinceaux, il maîtrise le crobard et peut réaliser une fresque murale à main levée. Màrio aime recycler les clichés et images traditionnels portugais qu'il détourne et incorpore dans des créations modernes.

Adepte de nouvelles expériences, il s'associe volontiers à ses amis musiciens pour créer collectivement des œuvres instantanées, éphémères, avec pour seule trace une bande sonore. Pour mieux se réaliser lorsqu'il travaille pour d'autres, il énonce le concept d'empathie. En somme, un artiste complet, en accord avec lui-même et cet océan qui le cerne.

  * Tu te souviens quand tu as commencé à dessiner ?

Je dessine depuis que je suis tout petit, je ne me rappelle même plus quand j’ai vraiment commencé. Plus tard, j’ai eu la chance d’aller dans des écoles d’art, et j’ai eu beaucoup de soutien de la part de différentes personnes qui m’ont appris et encouragé à continuer dans la voie du dessin.

* La culture surf t’as inspiré dans tes dessins ? Dans ton travail ?

Disons que j’ai vécu toute ma vie près de la plage, et certains de mes amis d’enfance sont aujourd’hui des clients pour lesquels je bosse, car plusieurs sont dans le business du surf. Personnellement, je fais du bodyboard depuis plus de 20 ans. 

La culture surf a été pour moi une motivation, c’est évident ; pas seulement du fait que parfois le graphisme du surf a été à la pointe, mais plutôt parce que j’avais vraiment l’envie de faire des dessins pour cette communauté. La plupart des gens de ce milieu savent vraiment ce qu’ils veulent en terme de graphisme, et surtout ce qu’ils ne veulent pas.





* Le surf, c’est comme le dessin ?

Le frisson de se lever un jour où il y a de bonnes vagues est très similaire au frisson dû à un nouveau projet, quand tu sais que celui-ci sera agréable. Une deadline peut aussi être très motivante… La sensation d’avoir fait une bonne session et d’avoir eu de bonnes vagues est vraiment proche de la satisfaction d’avoir terminé un projet dont on est fier.

* Comment on décide de devenir dessinateur à plein temps ?

Naturellement, en tout cas pour moi, ça a été un développement naturel. J’ai travaillé à différents postes dans le graphisme, j’ai fait du web design, mais aussi des livres. À chaque projet, il y avait toujours la possibilités d’ajouter un élément d’illustration, en y regardant de plus près, c’est ce qui a donné une identité à mes projets.

* Quelles sont tes inspirations ? Les gens dont tu aimes le travail ?

Bon, ça va être une réponse cliché, mais tout est inspiration ! Sinon, je suis complètement accro aux images traditionnelles portugaises, que ce soit de la peinture, de l’art religieux, etc. J’essaie de mettre ces éléments dans mon travail autant que possible. Sinon, j’ai plusieurs graphic heroes comme Alfons Mucha ou James Jean. Actuellement je regarde beaucoup le travail des artistes qui font de grands muraux comme Ayz, Etam et Liqen.

* Tu fais des projets commerciaux, mais tu développes aussi un travail personnel, comment tu gères ces deux facettes ?

C’est très important d’avoir des projets personnels, ils te permettent d’expérimenter, d’aller dans de nouvelles directions. Évidemment, je n’ai pas assez de temps, et de discipline, pour travailler sur des projets personnels, mais je vais tâcher d’améliorer ça. J’ai aussi compris que c’est mieux de ne pas accepter de travail qui va te déprimer, même s’il est bien payé. C’est mieux d’être pauvre et d’avoir du temps pour faire ce que tu aimes… oui, je sais, c’est cliché !



* Tu utilises plein de techniques différentes…

Oui, j’aime essayer de nouveaux styles et des nouvelles techniques, avec un ordinateur ou alors quand je bosse à la main. Depuis 15 ans, j’utilise vraiment les techniques numériques. Je suis revenu à faire des choses à la main depuis deux ans. Utiliser un ordinateur, ça permet de revenir sur une erreur, de la corriger, d’être à l’aise avec la composition, et d’en être satisfait.

J’essaye depuis quelques temps d’être moins dépendant du numérique, et finalement j’aime les erreurs que je peux faire en travaillant à la main.

* Ton travail n’est pas seulement personnel…

Je suis artiste, et je suis ‘commercial’, ce qui signifie que c’est le client qui a le dernier mot, c’est lui qui paie à la fin. En général, ils vont jeter un œil sur ce que tu fais et prendront la décision finale. J’aime la notion d’empathie, quand tu dois te mettre à la place de quelqu’un, et ressentir ce qu’il ressent. Souvent, ça reste agréable de devoir dessiner autre chose que tu aurais naturellement fait. C’est aussi pour ça que j’aime collaborer avec des gens, et j’espère avoir d’autres opportunités du même type à l’avenir…

* On arrive à la fin, c’est quoi la suite pour toi…

Ah, mince, elle est difficile celle-là ! Je pense que je vais essayer de faire plus de choses personnelles pour vivre, et moins de travail de commande. On verra où ça ira !