Zonzon à la plage

« Tous les gens que je connais m'appellent Mat Zed, et ça me convient. J'ai commencé à dessiner avant de surfer. Comme tous les gamins j'aimais bien gribouiller. J'ai commencé à surfer quand j'avais 14 ans, ça fait donc 20 ans. C'est une passion… envahissante, du coup j'y passe pas mal de temps. Le dessin… c'est quelque chose que j'ai toujours fait.

Quand j'étais plus jeune j'étais fasciné par les graffitis. J'avais des amis allemands qui en faisaient beaucoup, et un de ces amis est venu vivre chez moi en 2000, pendant 4/5 mois. Du coup, j'ai fait du graffiti de manière assez intensive. J'ai commencé assez tard, donc au début, j'en ai fait beaucoup… »

Mat Zed est breton, discret et se tient informé des vicissitudes du graffiti en France. En off, il sera disert sur le plaisir de peindre un train. Il était sur la plage de La Torche pour dessiner sur la fameuse planche de surf, pendant que son comparse Herlé prodiguait conseils et techniques aux artistes en herbe. En voici plus sur cet artiste activiste, souriant et disponible.





* Qu'est-ce qui t'a plu dans le graffiti ?

Quand j'étais gamin j'allais chez mes grand-parents à Saint-Denis, et il y avait des graffitis. Mes grand-parents trouvaient les tags horribles. Je regardais, il y avait un côté un peu subversif, je trouvais ça… cool et intrigant, et en même temps esthétique. Comme tous les plaisirs interdits, ça intrigue…

* Tu as beaucoup tagué quand tu as commencé ?

J'ai jamais vraiment beaucoup tagué, mais j'aimais bien peindre, un peu n'importe où. Les fresques ne m'intéressaient pas trop, c'est venu plus tard. Au début, j'en faisais beaucoup, j'avais envie de faire des trucs rapides. Je crois que quand tu commences, tu as envie d'expérimenter et pas de faire une fresque parfaite, en prenant le temps, alors que tu n'as pas beaucoup de technique, c'est pas très rigolo. Peindre quand ça va vite, où tu as de l'action, c'est addictif. Maintenant, je ne fais quasiment que des fresques, des pièces plus réfléchies.

 

* Si tu devais définir le graffiti breton, il a une particularité ?

Le graffiti breton… Quand j'ai commencé en 2000, c'était vraiment très actif, et maintenant je suis moins actif ! J'ai l'impression qu'il y a moins d'émulation actuellement à Brest. Pour la particularité, je ne sais pas trop s'il y en a. J'ai peint dans différentes villes, mais peut-être que je n'ai pas assez bougé pour vraiment avoir une vision globale. Moi, ce que j'aime, c'est aller faire des graffitis avec mes copains, je m'en fous du reste ! Le graffiti, c'est rigolo et ce sont les copains, ça s'arrête là, c'est pas très compliqué !



* Pour en revenir au surf, comment ça arrive dans ta vie ?

J'ai toujours vécu à côté de la mer, et je faisais de la planche à voile quand j'étais jeune. Quand je passais vers la plage, je voyais des gens faire du surf et je trouvais que ça avait l'air vachement plus cool ! À 14 ans, j'ai eu une mobylette et je me suis mis à faire du body-board. C'est un moment important, tu deviens un peu indépendant, tu passes ta vie dans l'eau, tu fais des conneries, c'est un peu la liberté…

* Et c'est à ce moment-là que tu rencontres Aurélien Jacob ?

Je l'ai rencontré quand il était minot. Il arrivait de la Réunion et la première fois que je l'ai vu dans l'eau, je me suis demandé qui était ce petit branleur. Un petit blond avec les cheveux longs et bronzé, il détonnait dans le paysage ! Il ne prenait pas de vagues car il n'arrivait pas à surfer avec une combinaison. On a trainé une bonne partie de notre jeunesse ensemble, et les étés on venait à La Torche.

On passait un mois à manger des pâtes et à surfer 8 heures par jour, c'était bien ! [Sourire.] D'ailleurs, c'est avec Aurélien que j'ai rencontré nos amis allemands qui faisaient du graffiti.


* Dans quelle mesure tu as participé aux projets de Aurélien, Ewen & Ronan ? [Les aventures et les films qui en découlent : Des Îles Usions et Lost in the Swell.]

Comme on se connait super bien, ils me demandent des coups de main pour des traductions en anglais pour les sous-titres ou pour corriger leurs 20 000 fautes d'orthographes, ça j'adore ! C'est un petit peu comme si je corrigeais des dictées ! Sinon, ça peut-être pour leur faire un dessin ou un logo. Ça peut aussi être prise de tête, on n'est pas toujours d'accord !

Pour le film Barravel, j'ai fait le titre dans l'introduction, et pour Des Îles Usions, j'ai fait le logo avec le poulpe, les cartes et les animations. On voit tout le trajet qu'ils font, on s'est pris la tête pour que ce soit bien. Pour leur dernier projet, Lost in the Swell, j'ai fait le logo.

* Tu aimes quoi dans le dessin, tu parlais de Jim Phillips tout à l'heure ?

Ah oui, ça c'est quand j'étais gamin… J'ai fait un peu de skate et j'ai toujours été fasciné par les decks des années 90. C'était fou, il y avait une qualité incroyable au niveau des graphismes. Je me souviens quand Aurélien devait avoir 13 ans, j'avais recopié sur une de ses planches un dessin de je ne sais plus qui : c'était une bonne femme avec des jambes hyper longues et un porte-jarretelle, et entre ses jambes un gamin jouait du yoyo ! C'était le genre de trucs que j'aimais bien.

 

Sinon, je suis un fan du dessin-animé Futurama, par le gars qui a fait les Simpson, Matt Groening. J'aime bien Les Simpson, mais Futurama traite plus de l'actualité, de ce qui se passe dans le monde, c'est plus facile de s'identifier aux personnages. L'humour est un peu différent, ça parle de politique, des enjeux environnementaux, ça reste très drôle… et un peu bête aussi ! [Sourires.]

Récemment j'ai regardé un dessin-animé que j'ai bien aimé, Ugly Americans. Les dessins sont très beaux. Sinon quand j'étais gamin j'adorais Walt Disney et Tex Avery, j'en ai maté des millions. Je pense que ça reste une influence importante, et aujourd'hui j'ai toujours du plaisir à les revoir.

J'ai regardé récemment des films de Ralph Bakshi, il a réalisé Fritz The Cat d'après la BD de Robert Crumb, et Heavy Traffic, c'est vraiment cool au niveau des dessins, ça m'a mis une claque. Il y a aussi les animations de Gerald Scarfe dans le film The Wall, c'est vraiment génial, il est très très fort ; Yellow Submarine des Beatles, grosse claque aussi.

 

* Le contexte politique, le message, c'est important ?

Non, pas nécessairement, mais quand tu vois quelque chose qui est à la fois beau et bien pensé, tu ne peux qu'adhérer. Parfois tu vois des trucs qui sont techniques, mais ça ne te parle pas.

* Il y a un artiste en particulier qui te plaît ?

Non, je vais regarder un truc et ça va me plaire. Ça n'est pas forcément quelque chose de visuel, ça peut être de la musique. Quand on allait peindre régulièrement, on choisissait parfois un thème en fonction de la musique, que l'on avait pu entendre à la radio ou un titre qui nous faisait marrer. Du coup, on partait de ça et c'est aussi bien.

 

« Quand j'ai vu les couleurs du colis de Posca, j'ai tout de suite pensé à faire du Slurm ! »




* Donc le sujet t'a plu pour la planche : Rock, Nature & Libre expression…

Oui, et j'ai regardé plein de trucs pour savoir ce que j'allais faire. Comme je te disais, il y a un clin d'oeil à Belinda Bedekovic qui joue de la keytar. J'ai regardé ses vidéos en boucle, ça m'a fait vraiment rigoler. Sinon David Bowie et l'éclair sur l'oeil, ça fonctionne toujours, par contre j'aime vraiment bien Bowie !

La typo Supernature, c'est en référence à un morceau du même nom de Cerrone que j'écoute en boucle. C'est rigolo parce que ça collait vraiment avec le thème. Dans ce morceau, les paroles racontent que les hommes qui polluent la terre avec des produits chimiques qui s'infiltrent dans le sous-sol, nourrissent des créatures qui se métamorphosent et commencent à tout détruire.

Du coup, je trouvais que ça collait bien, allez hop, je le mets ! Il y a aussi une référence à Futurama, le liquide vert c'est leur boisson énergétique qui s'appelle le Slurm, qui est hyper toxique et addictif. Quand j'ai vu les couleurs du colis de Posca, j'ai tout de suite pensé à faire du Slurm !

 

* Tu as aussi eu un souci de réalité…

Pas tout le temps, mais là, comme j'ai reçu la planche longtemps avant, j'ai eu du temps pour cogiter sur ce que j'allais faire, donc je me suis un peu creusé la tête. J'ai essayé de faire un truc plus chiadé que ce que je fais d'habitude. Souvent quand on fait du graffiti, il faut qu'on soit rentré pour le goûter, sinon Le Chef n'est pas content !

Du coup, j'ai appris à peindre vite, 4 heures maximum pour une fresque. Ça ne m'arrive jamais de faire une fresque en deux jours, sauf là, je me suis plus appliqué.


* Tu dessines beaucoup ? Tu réalise souvent des décos de planche ?

Ça m'arrive, j'ai fait des planches pour Aurélien, pour leur trip en Indonésie. J'ai fait pas mal de toiles à un moment, c'était juste pour moi. En fait, je me suis rendu compte que ça me faisait chier d'essayer de les vendre… je m'en fous, j'ai déjà un boulot ! Si les gens autour de moi les apprécient, tant mieux. J'en ai données beaucoup à mes amis, parce que ça m'inspirait pour en faire.

Mais peindre dans l'espoir de vendre, je trouve ça un peu vain et j'ai en pas besoin, donc pas besoin d'y réfléchir…

* Pour conclure, il semble que tu aies une dent contre le street art…

Je n'ai rien contre le street art, ça ne m’intéresse pas beaucoup, c'est tout. Je trouve qu'il y a des artistes street art qui sont encensés, pour pas grand chose… Non, je ne dirais pas de noms !

Ce qui est rigolo, c'est que des gens vont aller dans un musée voir de la calligraphie, et vont s'extasier. Et quand ils vont sortir dans la rue et tomber sur un tag, qui peut être magnifique et qui est une forme de calligraphie, ils ne vont jamais le voir, ou ils vont trouver ça dégueulasse.

Quand je vois un beau tag de O'clock ou de Twister, ça me parle et je trouve ça aussi beau que d'aller à une expo de calligraphie, voire plus beau !