Philippe Chevallier, dit FiFi, est un shaper. Le shaping est l’une des disciplines reines du surf, ça ne se passe pas sur l’eau, mais dans un atelier bleu. Le shaper est celui qui va donner la forme à sa planche. En voici un peu plus sur ce métier passionnant de passionnés.

 

* Comment avez-vous découvert le surf ?

Je devais avoir un peu moins de 10 ans, j’allais à la plage d’Hossegor avec mes parents, et j’ai commencé avec des petites planches en polystyrène à prendre des vagues. À l’âge de 11 ans, je me suis acheté une vraie planche de surf en fibre de verre, recouverte de résine, et déjà on s’amusait avec un copain à se mettre debout. On a commencé comme ça. On avait des planches de 2 mètres 25 qui devaient peser 5/6 kilos, on avait mal aux bras en arrivant au bord de l’eau, c’était les débuts du surf.

* Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de faire du surf ?

Un petit peu cette relation avec l’océan, la maîtrise des vagues et quand on surf, on oublie tout, c’est une évasion de l’esprit. C’est un peu tout ça qui m’a plu. C’est vrai que l’élément est agréable, c’est souvent au soleil et dans l’eau, on y est bien ! Un peu tout ça en gros !



 

* Comment devient-on shaper ?

Là, c’est un petit peu plus compliqué parce qu’il n’y a aucune formation officielle. Il faut partir un peu à l’aventure, faire le tour des ateliers, apprendre à réparer des planches, passer à l’entoilage et le ponçage, et une fois que l’on connaît bien le métier, qu’on s’est habitué aux formes des planches, on peut commencer à se mettre à shaper. Si on est passionné de ça, c’est un peu le summum de ces métiers, entre le glaceur et le ponceur. L’idée, c’est de créer quelque chose, de finaliser un objet .

* Vous faites les planches entièrement ?

Dans les ateliers, il y a des gens qui ne vont faire que le shape, d’autres le glaçage ou le ponçage. Je suis passé par toutes ces étapes donc je suis capable de faire une planche de A à Z. Par contre, en saison, quand il y a pas mal de travail, je fais sous-traiter le glaçage et le ponçage par des professionnels. En France, le marché n’est pas si énorme quand on est indépendant, et les marges sont assez restreintes, donc on essaie de faire un maximum soi-même.


* Quelles sont les différentes étapes de fabrication d’une planche ?

Pour commencer, le client aura une petite idée de la planche qui va lui convenir, en fonction de son gabarit. Ensuite, il faut savoir si c’est une planche qui va être adaptée à des grosses vagues ou de petites vagues, on va aussi jouer sur des petits points pour changer la fonction de la planche, ça c’est le premier contact. C’est parfois difficile quand on ne connaît pas les gens d’évaluer ce qu’ils veulent vraiment, et d’arriver à faire quelque chose qui leur paraissent parfait sous les pieds, sachant tous les paramètres qu’il y a en jeu, c’est vraiment pas facile.




À partir de ça, le shaper fait la forme du pain de mousse, en respectant les volontés du client, les épaisseurs, les largeurs, suivant ce qu’il veut surfer. Sorti du shape, ça passe en salle de glace. Le glaçage, c’est la fibre de verre qui est mise sur chaque partie de la planche. En même temps, on pose soit les dérives, soit les inserts de dérives. Après le glaçage, ça part au ponçage. Une planche est poncée avec des ponceuses rotatives, avec des plateaux plus ou moins durs suivant les étapes. On peut aller surfer après le ponçage. Sinon, on peut mettre du Posca, faire des dessins sympas et appliquer du vernis pour que le Posca tienne, ou alors, l’étape de décoration peut être faite après le shape, avant le glaçage, sur le pain de mousse directement avec de la peinture acrylique et un pistolet.

* En combien de temps on réalise une planche ?

Avant, on shapait les planches au rabot à bois, ça prenait plus de temps. Maintenant on travaille avec des pré-shapes [Pain de mousse pré-formé – ndlr.], donc ça va plus vite. On peut faire une planche en 5/6 heures, sans compter le séchage, et pour quelqu’un qui sait le faire ! Se lancer dans le shape de sa planche, sans savoir vraiment le faire, on mettra probablement 2/3 jours ! J’arrive à faire un shape en une heure, une heure et demie, avec les pré-shapes.

* Il y a différentes techniques selon les pays ?

Non, pas vraiment, et d’ailleurs la première machine qui a été inventée pour pré-shaper, c’est Barland, un français, qui l’a construite. Sinon, chaque shaper a ses formes, mais ce sont des effets de mode, un peu comme partout, et tout le monde s’adapte à ce qui est le plus performant. Si les vagues sont molles, les planches seront assez plates dans certains pays, si les vagues sont creuses, les planches seront plus courbées. Ça change pas mal, mais on retrouve les mêmes planches dans le monde entier.


* Les planches de surf ont évolué depuis 30 ans ?

En fait, pas vraiment, une des plus grosses évolutions depuis une trentaine d’années, ça a été les dérives amovibles. Le fait de pouvoir adapter ses dérives, c’est une révolution. Sinon, il y a des gars qui cherchent à utiliser des matériaux plus propres, comme l’atelier Notox, qui entoile avec de la fibre de lin. Ils essaient de trouver des palliatifs pour améliorer les composants et être en accord avec l’environnement. Au niveau des performances, les formes évoluent un petit peu, mais en gros, je me sers des templates, des patrons, que j’ai depuis 20 ans.

* Le surf est considéré comme une activité écologique, en même temps, les matériaux sont très polluants…

Oui, c’est pour ça que pas mal d’ateliers essaient de trouver des palliatifs à cette fabrication qui n’est pas très propre. En même temps, je crois que les combinaisons polluent plus que les planches. C’est bien de dire que les planches polluent, mais ça ne polluent pas plus qu’une autre activité. À Anglet, Notox font des recherches pour fabriquer des planches les plus éco-responsables possible, et avoir une fabrication plus propre, sans perte de résine et en utilisant autre chose que de l’acétone pour nettoyer les outils. Je pense que les prochaines évolutions, elles seront dans ce domaine, mais aujourd’hui, tous les pro-riders surfent avec les mêmes planches qu’il y a 30 ans…

* Une planche shapée par Fifi Chevallier, ça coûte combien ?

Un short board, ce sera dans les 500 euros ; pour une long-board, ça monte dans les 800, et 1000 euros pour une paddle-board, à peu près…
 


 

* Quelle est la plus grande satisfaction dans ce travail ?

Se faire plaisir sur sa planche quand on va surfer, et quand les bons potes à qui on a fait une planche sont super contents, c’est vraiment agréable. Je ne fais pratiquement que des planches pour les particuliers, de la planche sur-mesure. J’en ai fait pour pas mal de riders, et c’est vrai que ça fait plaisir quand on voit ses planches sur les podiums. C’est une satisfaction parce que c’est dur dans ce métier d’avoir une notoriété, et ça fait plaisir d’avoir un peu de reconnaissance.

Sinon, je fais pas mal de planches de surf tracté, et j’en ai fait quelques-unes pour des copains qui allaient surfer la vague de Belharra, qui se trouve vers Saint-Jean-de-Luz. Aller surfer là-bas, c’est prendre des risques, donc on est vraiment pointilleux avec tous les détails pour que la planche ne crée pas de problèmes quand ils rident cette vague qui est énorme.