Parisien et beaucoup plus...


Tim Marsh a 33 ans et vit plusieurs vies, à plusieurs endroits. Actuellement en Espagne, il était ailleurs hier, et sera là-bas demain. Artiste touche-à-tout, il jongle avec différents outils pour transmettre un message visuel ou virtuel, capturer des faisceaux et des gens ou donner le ton à des skateboards. Il en dit plus sur son parcours, sa vision des choses, et ce qu'il a déjà vu.


Ça commence comment la création pour toi ?

Je suis un passionné de sports extrêmes depuis l'âge de 5 ans, et à partir du collège je me suis intéressé au graff. Au début, c’était mes cahiers qui étaient remplis de dessins, et après on faisait souvent l’école buissonnière pour aller graffer avec les potes.

Après le bac, j'ai beaucoup fait de roller, et de capoeira, ce qui a été une grande source d'inspiration pour le graff. Les motifs ethniques ont commencé à apparaître dans mes peintures, et les lettrages ont commencé à laisser plus de place aux formes abstraites.

Après quelques années en école de graphisme, j'ai commencé à bosser dans la mode, à faire les tendances de marques de prêt-à-porter, puis à m'occuper de la section mode du magazine Snatch. Ce qui a confirmé un goût que j'avais pour la sape. Et les idées de faire des trucs en bois ont commencé à fleurir.

À cette époque, un pote m'a montré le principe de pose longue des appareils photo, et ça m'a donné des idées pour faire le lien entre le sport, le dessin et l'art en général.





 

 "Je pense que si je devais me cantonner à une seule pratique, je m'en lasserais
au bout d'un moment."



Tu fais des photos, tu peins, tu fais du graffiti ; quel est le lien entre tout ça ?

Je trouve que tout est lié. Chaque pratique a un niveau de lecture qui peut apporter du nouveau à une autre.

Les sports extrêmes ont beaucoup influencé mes pratiques artistiques. Quand tu vois des gars faire des tricks – des figures –, que ce soit en roller, surf ou parkour, ça a quelque chose de calligraphique, c'est ça qui m'a permis de développer la photo. La capoeira m'a servi à développer la peinture. La photo m'a servi à développer le roller.

Si tu te cantonnes à une seule pratique, tu ne découvres que ce qui a été fait avant. Si tu puises tes inspirations dans d'autres domaines, ça peut apporter quelque chose de nouveau. Il y a tant à puiser partout, chaque pratique peut nourrir une autre.




Tu ne pourrais pas te perdre à tout faire ? Certaines pratiques te plaisent plusou moins à certains moments ?

Me perdre, je ne sais pas. Je fais ce que je veux, quand je le veux. Je ne pense pas que certaines pratiques me plaisent moins selon l’évolution. J'imagine que c'est par phase. Dernièrement, j'ai fait plus de peinture que de photo. Quand je commence une peinture, je connais le sujet, mais pas le résultat final. C'est ce qui me plaît.

Avec la photo, tu sais plus ou moins quel résultat tu veux. Je choisis mon spot [endroit - ndlr], si c'est une photo de mouvement, je sais qui va l’exécuter, et je sais ce que je veux montrer. Puis tout se joue en quelques secondes. La peinture te permet une réflexion pendant que tu la fais.

Du coup, pour répondre à ta question, je pense que tout est sur le même plan. Ce que je fais, et quand je le fais, dépend de l'idée qui naît dans ma tête. Je pense que si je devais me cantonner à une seule pratique, je m'en lasserais au bout d'un moment.





Tu te sens artiste, illustrateur, artisan ?

Artiste, définitivement.

Les médiums que j'utilise ne sont qu'un moyen de poser des idées. Demande moi de faire de la photo "traditionnelle", j'en serais incapable. Pareil pour le travail du bois. Pour être artisan, il te faut des années d’expérience, et le matos adéquat. Du coup, j'ai appris ce qui me servirait dans chaque pratique, mais je suis loin de me considérer comme artisan.


 
"Mambo (...) est resté une importante source d'inspiration pour moi, et un chouette type."
 
 

Sur internet, ton nom est lié au light painting, ça pourrait devenir ton activité principale ?

Le light painting est une pratique fraîchement médiatisée, bien qu'assez ancienne. Et le fait de voir des lumières tracer un mouvement d'athlète, comme des pochoirs, est quelque chose de nouveau. Alors que peindre des toiles ne l’est pas.

C'est effectivement ce à quoi je suis lié sur le web, mais ça n'est pas mon activité principale. En ce moment c'est plus la peinture, bien que je fasse aussi du light painting quand j'ai une idée, ou des chapeaux en bois, ou du graphisme. Je dirai plutôt que le tout est une activité principale.



 

D'une manière générale, quels sont les artistes qui t'ont influencé ? Ceux dont tu regardes le travail, ceux que tu côtoies ? Et lequel tu retiendrai aujourd'hui ?

Les premières sources d'inspiration ont bien sûr été les grands noms du graffiti français. Quand j'étais en 3ème, j'allais au skate-park de Balard où des gars avaient peint une fresque. C'est la première fois que j'ai vu le travail de Mambo, qui est resté une importante source d'inspiration pour moi, et un chouette type.

Alëx One, Oeudipe à l’époque, était une idole pour moi. C'est le premier que j'ai vu déformer les lettres à un point de rendre le graff abstrait, et laisser place à des formes courbées et fluides.

J'ai bossé dans une imprimerie, ça m'a permis de découvrir le taf d’artistes qui venaient imprimer leurs boulots, et d’échanger avec eux autour de godets. Les gars du 9ème Concept, JR, Mambo, Alëx One, Ceizer, Kekli, et Rero, avec qui je bossais.

Tous ont émergé et se sont faits un nom, mais s'il y en a que je dois citer, de la "nouvelle vague", je dirai Lapinthur, qui fait des sculptures en papier et bois que je trouve vraiment cools, Astro, qui travaille la perception de l'espace 3D sur support 2D à grande échelle, ou Swiz dont le travail à l'huile me plaît beaucoup...


 



Tu passes des animaux à la pop culture, des formes géométriques à de la gravure, ce sont des inspirations quotidienne, ou des phases
de travail ?

Il est vrai qu'une grande partie de mon inspiration est puisée dans la pop culture des années 80-90, qui a été une ère de nouveautés en matière de technologie. Les jeux vidéo, les séries, les effets spéciaux numériques dans les films. Pour un gosse comme moi, tous ces personnages, et les codes qui les représentent, sont devenus tellement emblématiques !


Les animaux font référence à des icônes de ces années, les formes géométriques et les couleurs me rappellent les codes de cette époque, que l'on retrouve dans les séries Sauvés par le gong ou Le Prince de Bel-Air. En cherchant bien dans sa mémoire de gosse des années 80, on trouvera une référence pour chaque peinture ou illustration, et pour la plupart des pochoirs en light painting.


Pour terminer, le projet idéal ce serait quoi ?

En ce moment, l'idée de peindre une façade d'immeuble me trotte dans la tête, ça me plairait ça ! Si possible dans d'autres pays, afin de découvrir les coins de la planète que je n'ai pas encore vus. Et il y en a un paquet !



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