Le surf, le Duke, la vie

Tyco est un homme discret, qui n'est pas habitué à être questionné. Il fait partie de ceux qui se trouvent derrière le rideau, dans la cuisine comme on dit parfois. C'est un artiste peintre, un illustrateur de l'ombre, il donne couleurs et styles à vos planches de surf.


Tyco nous a avoué après une brève hésitation s'appeler Thierry, et qu'importe son nom de famille, ses images parlent pour lui. Il est un peu circonspect au téléphone, il a pourtant été prévenu quelques jours plus tôt de l'appel. Nous voulions en savoir plus sur celui qui a dessiné le Duke sur la superbe planche Alaia façonnée par Fifi Chevallier, shaper émérite du Sud-Ouest de la France [dont vous pouvez lire l'interview ICI.]






Tyco est graphiste de formation et a empoché un diplôme d'Art appliqué « il y a très longtemps ». Le dessin, ça a toujours été son dada, sa marotte, sa passion. Ça a commencé très jeune, ça ne s'est jamais arrêté. Un mode de vie en quelque sorte. Le grand tournant, ce sera quand il commence à travailler pour la marque de surf Billabong. Tyco commence au stock et de fil en aiguille se lie avec le shaper maison Rob Vaughan.

Ce dernier lui apprend les ficelles de la custo de planches, et c'est un véritable déclic. L'artiste change de poste pour intégrer l'équipe créative de Billabong. « On faisait les décos de planches, et elle partaient pour l'Europe, les particuliers, les amis et les professionnels de passage ; c'était un bon moment, ça a duré quelques années… » explique Tyco. Une période riche en créations, et en rencontres, notamment avec le shaper Fifi Chevallier.

« Le problème, c'est qu'il n'y avait pas assez de travail toute l'année, les commandes vont et viennent, surtout l'été mais l'hiver c'est autre chose… » complète Thierry. Le boulot est aléatoire, « mais aussi les modes, parfois on aime une planche toute blanche, sans rien dessus, et ça, on ne peut rien faire contre ! » dit-il en souriant. Pas fataliste, Tyco est juste réaliste sur la situation du business surf en France. Il se lance alors dans diverses activités pour vivre, devient free-lance, et conserve une étroite relation avec le dessin.






Quand on parle influences, Tyco se tourne vers les magazines qu'il a découvert enfant : Pilote et Métal Hurlant. La presse dédiée à la bande dessinée était fleurissante et iconoclaste, le monde du dessin changeait de paradigmes, exit les images d’Épinal ! Tyco cite Franquin et Serres, ce sont ces deux-là qu'il apprécie tout particulièrement « pour leurs traits noirs et racés, leur dessin rapide mais travaillé, et surtout le propos humoristique : noir, sarcastique et parfois cynique… » Un humour qui n'est pas très en vogue actuellement, mais qui a réveillé plus d'une conscience à l'époque.






Tyco fait aussi allusion à Enki Bilal, pour son univers, son style et sa narration qui ont modifié le sens de lecture. Et quand on en vient à parler de custo de surf, c'est Drew Brophy qui capte toute son attention : « Drew a ouvert le voie, il a montré le champ des possibles et imposé des codes et un style, il a popularisé la custo de planches de surf. »

S'ensuit une conversation concernant cet artiste inévitable et parrain de tous les dessinateurs sur planche. Un phénomène qui fait parler et couler beaucoup d'encre !






Quand on aborde la question de la technique, Tyco explique qu'il préfère utiliser la peinture acrylique, plus simple, plus couvrante et avec un rendu impeccable. Il charge un pistolet à carrosserie et c'est parti ! « Pour les détails, j'utilise un aérographe, qui est tout simplement un petit pistolet à carrosserie, qui fonctionne aussi à l'air comprimé.

Et bien sûr, j'utilise des Posca, et j'avoue que j'aime les ouvrir pour faire des mélanges et mettre le jus dans mon aérographe ! confie-t-il tout sourire. Pour cette planche que Fifi a réalisé, j'ai tout de suite pensé à reproduire cette photo du Duke que j'avais sous les yeux, chez moi, depuis quelques temps. »


 


Et quand je réalise que Tyco ne parle pas du Duke / Dude des frères Cohen, je comprends que j'étais à mille lieu de l'intention. « Quoi ?! Tu ne connais pas le Duke ? Non, pas The Big   Lebowski ! C'est Duke Kahanamoku, un champion olympique du 100 mètres nage libre et l'un des pionniers du surf. Il est né en 1890, à Hawaii. Il a fait des démos aux US et en Australie, il a fait découvrir le surf à travers le monde ! C'est une légende au même titre que Ayrton Senna en F1 ou les frères Cohen au cinéma ! »

Pour finir on lui demande qu'elle est l'étape qu'il préfère dans la création, Tyco répond sans hésitation « j'aime voir le sourire, la satisfaction quand un enfant vient récupérer sa planche, quand un papa découvre le portrait de son fils, quand mon dessin procure une émotion, qu'il fait de l'effet. Je crois que c'est ça la finalité de mes dessins… »







 




La réalisation de la planche par Fifi Chevallier